L’or recule depuis quatre semaines malgré la guerre en Iran, contredisant son rôle de valeur refuge, un phénomène rare mais déjà observé. ( crédit photo : Getty Images )
Sommaire:
- Une baisse surprenante dans un contexte de crise
- Le paradoxe de la guerre
- Quand la liquidité force la vente
- Une correction, pas une remise en cause
Une baisse surprenante dans un contexte de crise
Le constat est déconcertant: alors que l’incertitude globale et l’inflation devraient logiquement doper les métaux précieux, l’or a cédé environ 13% de sa valeur depuis le début des hostilités en Iran. Ce mouvement a ainsi quasiment effacé la totalité des gains accumulés depuis janvier.
Actuellement, l’once oscille dans un tunnel compris entre 4200 et 4600 dollars, et tente de stabiliser une chute qui l’a menée jusqu‘à 4170 dollars en début de semaine. Nous sommes loin du sommet historique de 5594 dollars touché le 29 janvier dernier, après une année 2025 exceptionnelle (+65%). Ce mouvement erratique traduit surtout la difficulté des investisseurs à interpréter des signaux contradictoires, entre espoirs de désescalade dans le conflit impliquant les États-Unis, Israël et l’Iran, et incertitudes persistantes sur l’inflation et les taux d’intérêt.
Le paradoxe de la guerre
Rappelons qu’immédiatement après le début des hostilités contre l’Iran lancées par les États-Unis et Israël, l’or était passé de 5290 dollars à plus de 5400 dollars, en ligne avec son statut de valeur refuge face aux turbulences géopolitiques. Mais dès le 3 mars, la tendance s’est inversée. Parmi les facteurs explicatifs figure la politique monétaire des grandes banques centrales. La Réserve fédérale américaine n’exclut pas de nouvelles hausses de taux si l’inflation repart. De leur côté, les banques centrales japonaise et britannique privilégient pour l’instant le statu quo. Enfin, J.P. Morgan, Morgan Stanley et Barclays s’attendent à ce que la Banque centrale européenne relève ses taux d’intérêt en 2026, contrairement aux précédentes prévisions qui tablaient sur une pause.
Or, il existe une corrélation inverse historique entre l’or et les taux: quand le rendement des obligations et du dollar grimpe, l’attrait d’un actif non rémunéré comme l’or diminue. Comme le souligne Chris Beauchamp, analyste chez IG: «En période de tensions, la liquidité disponible en dollars et en bons du Trésor américain est bien plus attrayante que toute couverture théorique contre l'inflation offerte par les métaux précieux» .
On constate d’ailleurs que depuis le début du conflit, le renforcement du dollar s’accompagne d’un recul de l’or, et inversement. Paradoxalement, c’est donc bien la guerre elle-même qui incite certains investisseurs à vendre de l’or pour se repositionner sur des actifs libellés en dollars.
Quand la liquidité force la vente
Si l’or est perçu comme un bouclier, il n’est donc pas immunisé contre les forces de marché à court terme. Lors des précédents chocs majeurs, le scénario a souvent été similaire. En 2008, en 2020 et en 2022, l’or a d’abord reculé lorsque les marchés ont réagi dans l’urgence, avant d’entamer des phases de hausse marquées.
Ce phénomène s’explique par un besoin de liquidités immédiates: pour éponger des pertes sur d’autres classes d’actifs en plein naufrage, les investisseurs liquident leurs positions les plus faciles à revendre, dont l’or, à la forte liquidité, fait partie.
Ce n’est qu’après cette phase de «purge» que le métal retrouve sa dynamique de hausse. UBS rappelait d’ailleurs récemment que «l'or constitue davantage une couverture contre les répercussions plus générales des conflits que contre les menaces directes liées à la guerre» .
Une correction, pas une remise en cause
Malgré l’ampleur de la correction, les fondations structurelles de l’or ne sont pas ébranlées. Historiquement, ces creux de vague ont souvent servi de points d’entrée stratégiques avant des cycles haussiers de long terme. En revanche, la situation actuelle au Moyen-Orient, plus incertaine que jamais, rend toute anticipation particulièrement délicate. « L’or apparaît aujourd’hui comme un actif dépendant des conditions de liquidité globale, des taux réels et du dollar, autant de variables actuellement défavorables » note par ailleurs, Antoine Fraysse-Soulier, analyste de marché pour Etoro. La baisse actuelle de l’or apparaît donc moins comme une anomalie que comme une phase d’ajustement liée aux contraintes de marché à court terme.
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